Anton Podbevšek

L’homme aux bombes

Dessins de Luka Popič.
Traduction et préface par Mathias Rambaud.

96 pages ‒ 14 x 22 cm

Les serpents en furie se ruèrent sur ma poitrine qu’ils léchèrent de leurs langues de feu, les crocodiles se hissèrent pour me mordre, les oiseaux s’échappèrent de mon crâne, le tonnerre me frappa, les éclairs me transpercèrent, et moi, le barde souffrant, je chantai comme jamais en comprenant à la vue de la comète que mon chant céleste devait toujours durer.

Dans ces pages hallucinées, c’est le jeune homme d’origine modeste et le soldat revenu du front qui se confondent avec un poète en quête d’absolu, prêt à renverser la société bourgeoise. Si ce texte paraît avoir été écrit dans une sorte de langue étrangère, c’est qu’il est le premier essai d’autonomisation poétique de la langue slovène. D’où cette étrange oscillation entre de brefs vers, amers et tragiques, d’une maturité étonnante chez un si jeune poète, et les sombres divagations d’une prose aux accents maldororiens. Dans ces impudiques convulsions, quelque chose de disloqué grince et embarrasse – Podbevšek ayant passé près de deux ans au front, parmi les cadavres putrescents d’hommes et de chevaux – tout cela fascine enfin. Objet littéraire mal aimé, rarement et mal réédité (et, du reste, aujourd’hui épuisé), voici qu’un siècle après sa parution en slovène en 1925, le lectorat français peut désormais juger sur pièces ; à lui de dire s’il fallait permettre à ce terrorisme poétique de traverser les frontières linguistiques.

Anton Podbevšek (1898-1981) est une figure explosive de l’avant-garde slovène. Fils d’un cordonnier, poète précoce, il se fait remarquer dès l’adolescence par ses lectures dévorantes – de Nietzsche à Whitman – et par sa radicalité qui lui vaut rapidement des accusations de folie. Marqué durablement par la Première Guerre mondiale, vécue dans des conditions extrêmes sur le front italien, il cristallise ses visions apocalyptiques dans ce recueil fondateur mais violemment rejeté. Tour à tour partisan de l’art pour l’art puis d’un activisme socialiste virulent, Podbevšek s’éloigne progressivement de la scène littéraire. Marginalisé par les régimes et les institutions, il finira dans un long silence créateur, laissant l’image d’une comète fulgurante, fascinante et problématique.

ISBN : 978.2.37792.221.5
  • 1000 exemplaires sur vélin de Kandija.
    20 euros.