Antonin Artaud
Chiote à l’esprit
suivi de Je n’admets pas
Illustré de gravures de José Guadalupe Posada.
C’est que l’esprit est une esbroufe et un bluff.
Une espèce de fumée larvaire qui ne vit que de ce qu’elle a soutiré au corps en peine d’un geste à faire
et non d’une idée ou d’une donnée.
Car qu’est-ce que c’est que ça, les idées, les données, les valeurs et la qualité ?
Des termes sans vie qui ne prennent matière que quand le corps les a transpirés, en y allant d’une pleine suée pour les décider à le lâcher.
Car le corps n’a jamais besoin qu’on définisse ce qu’il a fait.
Anéantir l’esprit et rendre au corps sa gloire suante : tel est le programme de cet attentat littéraire lancé en 1947, comme une déflagration contre la tyrannie abstraite qui fait du premier un maître et du second un rebut. Il s’agit de faire table rase, d’en finir avec cette escroquerie immonde, usée pour mieux commettre les crimes et dénaturer l’existence. Le corps ne procède pas de l’esprit mais l’inverse, et plus l’esprit enfle, plus la vie se retire et la matière se corrompt. Une cingle profane qui vient tourner en dérision la vieille figure paternelle et divine de l’esprit – et qu’enfin, ensemble, nous puissions lui hurler : chiote.
Antonin Artaud (1896-1948), cet homme du désastre qu’on ne présente plus, est un écrivain, poète et théoricien du théâtre français, figure majeure de l’avant-garde, d’abord lié au surréalisme avant de s’en détacher. Il développe le concept du «théâtre de la cruauté», visant à secouer le spectateur jusque dans sa chair. Marquée par la maladie, les internements psychiatriques et une radicalité sans concession, son œuvre demeure l’une des plus violentes et marquantes du XXe siècle.
ISBN : 978.2.37792.220.8
-
1000 exemplaires sur vélin.
9 euros.

